Réduction des pesticides : 400 millions d’euros dépensés pour pire que rien

La politique de réduction des produits phytosanitaires est tellement inefficace que c’est par un référé que la Cour des comptes a interpellé le gouvernement. Dans sa lettre, rendue publique le 4 février, le premier président constate que malgré des dépenses considérables (400 M € rien qu’en 2018), « les effets des plans Écophyto demeurent très en deçà des objectifs fixés ». En effet. Alors que l’objectif initial était de réduire de 50 % l’usage des pesticides en 2025, il a au contraire augmenté de 25 % entre 2009 et 2018 !

Au début du quinquennat, la majorité LaREM à l’Assemblée nationale avait refusé d’interdire par la loi l’usage du glyphosate. On en sortirait, promis-juré (d’ailleurs Emmanuel Macron lui-même l’a annoncé), mais en douceur, en incitant et en organisant le marché. Pas en adoptant le texte de dangereux gauchistes (les députés de la France insoumise). « L’organisation du marché », c’est encore le premier « levier » évoqué par le Premier ministre dans lettre adressée à la dernière limite du délai dont il disposait pour répondre à la Cour des comptes. Sauf que l’échec est patent et qu’il ne dit pas où est passé l’argent.

Qui peut encore croire que nous sortirons de glyphosate à la fin de l’année « pour les principaux usages et au plus tard d’ici 2022 pour l’ensemble des usages », comme l’annonce le site du ministère de l’Agriculture ? Que nous aurons réduit l’ensemble des pesticides de moitié en 2025 ?
Personne, puisque la dernière note de suivi Écophyto, publiée sur le même site, montre qu’il se passe exactement le contraire. L’usage des pesticides explose.

Les plans Écophyto ? Aussi écologiques que la réforme des retraites est universelle

Derrière les bonnes intentions affichées, il y a des réalités que pointe la Cour des comptes dans son référé adressé au gouvernement. Les plans Écophyto mis en place depuis une dizaine d’années en France sont des usines à gaz dépensières, on ne sait pas où l’agent s’évapore ni qui décide de quoi dans cet imbroglio administratif. Le dispositif de contrôle de l’usage des pesticides repose sur au moins sept services différents. Concrètement, le contrôle des 240 000 pulvérisateurs actifs est défaillant, alors que, relève la Cour, « des matériels performants permettraient de réduire de 45 à 75 % la dérive de pulvérisation des produits ». Cette défaillance n’est sans doute pas sans lien avec la réduction des effectifs du ministère de l’Écologie : le gouvernement peut bien fixer toutes les normes possibles, si les fonctionnaires chargés de vérifier leur respect manquent, ces normes sont bidon, comment sont bidon les autorisations d’utiliser ces produits.

Les certificats Certiphyto sont en effet censés garantir les compétences des vendeurs et des utilisateurs. Ils sont en réalité distribués avec la plus grande générosité sans que les agriculteurs sachent vraiment s’en servir. En termes choisis, la Cour des comptes note en effet que « leur obtention apparaît formelle et peu articulée avec les instruments de connaissance et de formation à la disposition des professionnels ». Pire : vous n’avez pas de certificat ? Ce n’est pas grave, puisque la loi du 30 octobre 2018 a acté la « suppression du régime de sanction pécuniaire en cas de certificats manquants », relève la Cour.
Les agriculteurs ne donc pas vraiment contrôlés. Les citoyens qui voudraient s’informer se perdent dans le maquis « d’une dizaine de bases de données, financées en tout ou partie sur fonds publics, pas toujours connectées entre elles ».

Quant à l’évaluation des substances, les magistrats recommandent d’en « améliorer les règles scientifiques et déontologiques ». En clair, ce n’est pas fiable et en plus, ça peut être truqué !