Le dernier recours d’un collège sabordé

Les enseignants et les parents d’élèves du collège de Montsauche-les-Settons (Nièvre), ne veulent pas voir leur établissement disparaître, ni une éducation au rabais pour les enfants. Ils ont écrit à E. Macron après avoir sonné sans réponse à toutes les portes possibles. Pas sûr que l’occupant de l’Élysée, dont la politique favorise depuis trois ans les riches urbains, leur accorde sa grâce…

La France est-elle un pays où tout est décidé par une seule personne ? C’est ce qu’ont sans doute fini par penser les enseignants et les parents d’élèves du collège François Mitterrand de Montsauche-les-Settons (Nièvre), puisqu’après avoir tout essayé pour sauver leur établissement, ils adressent un courrier au Président de la République. Il ne s’agit pas ici de donner de l’audience à cette démarche pour en valider le processus : l’avenir de l’éducation nationale et des enfants ne sauraient être soumis au bon vouloir d’un seul, alerté grâce aux nombres de clics sur une pétition ou un site internet. Ce courrier est surtout intéressant parce qu’il pointe le gouffre entre les discours d’Emmanuel Macron et la réalité. Qu’on s’en souvienne la prochaine fois qu’il prendra la parole.

Qu’on en juge. Lors du “grand débat”, M. Macron est venu non loin de Montsauche-les-Settons, à Étang-sur-Arroux, rencontrer des jeunes. Il y avait alors “défendu les valeurs d’équité et d’égalité des moyens que se doit d’offrir la République à ses enfants dans le cadre de leur scolarité” et avait souligné, ainsi que de nombreuses études depuis 3 ans, l’iniquité dans la prise en compte des spécificités des territoires ruraux, notamment s’agissant d’éducation scolaire”, rappellent les signataires de ce courrier. Et depuis ? Quelles mesures ont été prises ? Des moyens en plus pour les établissements scolaires ruraux ? Non, le contraire ! Depuis 2017, alors que le nombre d’élèves dans ce collège du Haut-Morvan n’a baissé que de 12,5 %, sa dotation horaire globale (DHG) a chuté de 31,5 %.

Le collège de Montsauche n’est pas n’importe quel établissement. Plus rural, c’est compliqué : la première ville de plus de 10 000 habitants est à plus de 45km, la préfecture est à 90km, la préfecture de région à 100 km et 1h30 de routes sinueuses. Situé dans un village de moyenne montagne, isolé, il est pourtant l’un des meilleurs du département, puisqu’il était jusqu’à l’année dernière en tête pour la réussite au brevet des collèges malgré la baisse des moyens. Sans doute un exemple à suivre et à encourager. Pas pour le gouvernement, semble-t-il, puisque le classement départemental provisoire des collèges “le place en 26e position sur 30 établissements en matière de dotation par élève” alors que, “tenant compte de son effectif, des classes chargées, de sa situation isolée, ce tableau explicite pourtant des valeurs moyennes (H/E) constatées qui devraient placer [ce] collège en tête des heures allouées pour 2020/2021”.

En clair : le collège de Montsauche, comme de nombreux établissements ruraux, est délibérément privé de moyens. Les élèves vont encore perdre deux heures d’enseignement à la rentrée prochaine. En novembre, les enseignants et les parents d’élèves ont demandé à rencontrer la rectrice. Pas de réponse. En janvier, ils ont donc demandé à rencontrer le ministre. Pas de réponse. Ils s’adressent aujourd’hui à celui qui leur a promis la lune il y a un an à Étang-sur-Arroux avant de les enfoncer un peu plus. Pas sûr qu’ils aient une réponse. Ils pourraient alors être contraints de choisir d’autres moyens d’action, comme le lycée de Clamecy, dans la Nièvre aussi, bloqué en janvier par ses élèves en signe de protestation contre la baisse des moyens alloués. Eux ont obtenu que la baisse soit moins pire qu’annoncée. Pour combien de temps ?

Le texte intégral du courrier :

Collège du Haut-Morvan François MITTERRAND Les enseignants et représentants des parents d’élèves du Conseil d’Administration Rue du 8 Mai 1945, 58230 Montsauche-les-Settons parentsmontsauche@gmail.com

Monsieur le président de la République Palais de l’Élysée, 55 rue du Faubourg-Saint-Honoré 75008 Paris, France

Copie à  : – Monsieur Edouard Philippe, Premier Ministre – Monsieur Blanquer, Ministre de l’éducation nationale – Madame Gourault, Ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales – Madame Cayeux, Présidente de l’Agence nationale de la cohésion des territoires – Madame la Présidente de la région Bourgogne-Franche-Comté – Madame Albert-Moretti, rectrice de la région Bourgogne – Madame Nicquet-Petitpas, DASEN Nièvre – Monsieur Rebsamen, maire de Dijon – Monsieur Lassus, président du Conseil Départemental de la Nièvre – Monsieur le Sénateur Patrice Joly – Madame la Sénatrice Nadia Sollogoub – Monsieur le Député Patrice Perrot – Madame la Principale du collège de Montsauche-les-Settons – Monsieur Halliez, Président de la communauté de Commune des Grands lacs du Morvan – Mesdames et Messieurs les maires et mairesses d’Alligny-en-Morvan, Moux-en-Morvan, Montsauche-les-Settons, de Gien-sur-Cure, Ménessaire, Planchez-en-Morvan, Ouroux-en-Morvan, Gouloux, Saint-Brisson, Saint-Agnan – Madame Marie Chassaigne, présidente de l’association « Collège rural, collège vital »

Le 18 février à Montsauche-les-Settons

OBJET  : Collège de Montsauche-les-Settons (58). De l’égalité des chances de nos élèves en espace rural. Histoire d’un collège de 100 élèves qui bientôt disparaîtra.

Monsieur le Président de la République,

Il y a moins d’un an, vous êtes venu à la rencontre des jeunes à Etang-sur-Arroux. Vous y avez défendu les valeurs d’équité et d’égalité des moyens que se doit d’offrir la République à ses enfants dans le cadre de leur scolarité.

Vous répondiez aussi à la crise des Gilets Jaunes qui a particulièrement mobilisé dans la Nièvre, notre département. Vous avez souligné, ainsi que de nombreuses études depuis 3 ans, l’iniquité dans la prise en compte des spécificités des territoires ruraux, notamment s’agissant d’éducation scolaire1.

Notre collège est situé à Montsauche-les-Settons, à 25 km d’Étang-sur-Arroux, au cœur du Morvan, en zone de moyenne montagne, isolé. Avec une centaine d’enfants, il oscille entre 4 et 5 divisions depuis une quinzaine d’années. Jusqu’à l’année dernière, les excellents résultats des élèves au diplôme national du Brevet ont permis au collège de se placer au premier rang du département.

Aujourd’hui, les représentants de parents et les enseignants du conseil d’administration du collège du Haut-Morvan vous sollicitent, Monsieur le président, en dernier ressort, pour que vous puissiez garantir à tous les élèves de France et en particulier à ceux de notre petit collège rural un égal accès à l’éducation et donc au futur.

En effet, sa dotation horaire globale (DHG) est en constante baisse depuis 2017 et nous atteignons aujourd’hui un seuil critique. En 2017/2018, notre collège perdait son classement « REP » malgré un effectif d’élèves quasi constant et ne présentant aucun changement d’ordre structurel, sociologique ou économique. Des heures étaient alors supprimées à cette occasion. Sur les exercices suivants et jusqu’en 2020/2021, la baisse drastique de la dotation horaire globale croît encore (-31,2 % de dotation par rapport à 2017, avec un nombre d’élèves en baisse de seulement 12,5 %).

Des conséquences majeures en découlent  :

suppression du travail en demi-groupes, particulièrement en sciences et langues vivantes et autres matières fondamentales  : à 26 élèves, les élèves ne peuvent tous réaliser les TP sans dédoublement !

dispersion des enseignants entre deux voir trois établissements souvent distants de 30 à 50 km. En 2021, seul le professeur de français est imputé à plein temps au collège, tous les autres sont en sous-service !

il devient presque impossible de réunir le nombre d’enseignants requis pour participer aux différentes instances de concertation  : conseil d’administration, conseil pédagogique, conseils de classes etc.

il manque du temps pour faire fonctionner le collège et mener les projets pédagogiques scolaires et périscolaires qui faisaient la richesse et la réputation du collège ! L’application du régime général à un collège de notre taille est inéquitable et compromet, à très court terme, la réussite éducative des élèves.

Aujourd’hui, nos élèves ne bénéficient plus du soutien légitime et efficace qui leur était apporté et aucun programme pédagogique cohérent ne peut être mis en œuvre dans les conditions actuelles.

Le 27 janvier 2020, le conseil d’administration, constatant que la dotation horaire 2020 / 2021 est de nouveau en baisse de 2 heures, a voté deux fois contre la répartition imposée par l’administration.

Le 7 février 2020, le sénateur Joly, membre du conseil d’administration du collège, nous a fait parvenir le classement départemental (Nièvre) provisoire des collèges4 (CTSD).

Ce document nous place en 26e position sur 30 établissements en matière de dotation par élève. Tenant compte de son effectif, des classes chargées, de sa situation isolée, ce tableau explicite pourtant des valeurs moyennes (H/E) constatées qui devraient placer notre collège en tête des heures allouées pour 2020/2021. Par ailleurs, la comparaison des DHG, division par division et établissement par établissement rend totalement illisible la stratégie d’imputation des heures appliquée par le rectorat.

Aujourd’hui, la République ne consent pas le même effort pour ses élèves, selon la taille de leur établissement ! Et cette situation fait donc suite à plusieurs années de baisse de dotation horaire globale. Entre 2017 où nous bénéficiions de 178,75 heures et 2020/2021, nous perdons 55,75 heures.

En 2019, le conseil d’administration avait pourtant à nouveau alerté les pouvoirs publics avec une pétition signée par plus de 400 personnes et une manifestation « collège mort et bonnets d’ânes » à l’occasion du passage du brevet national.

En juin, le conseil d’administration et Monsieur le sénateur Joly avaient rencontré la Directrice académique de la Nièvre (DASEN) qui avait alors dit son incapacité à augmenter notre DHG, celle-ci étant fixée par le rectorat.

Deux heures supplémentaires pour la rentrée 2019 avaient pourtant été attribuées par la DASEN pour les langues vivantes et laboratoire de langues dont le collège dispose.

Malheureusement, ces 2 heures n’ont pu être exploitées sur des dédoublements car il a fallu les imputer au latin qui ne bénéficiait que de 3 heures au lieu de 5 obligatoires dans le cadre de la DHG attribuée !

En supprimant 2 heures à nouveau, la dotation proposée pour 2020/ 2021 anéantit cet effort minime et pourtant très insuffisant !

Le 8 novembre 2019, nous avons sollicité un rendez-vous avec Madame la Rectrice.

Aucune réponse ne nous ayant été adressée, nous avons sollicité Monsieur le Ministre Blanquer, le 06 janvier 2020.

Notre demande est depuis restée lettre morte.

Monsieur le Président, nous comptons sur vous pour faire évoluer urgemment le cadre juridique qui est profondément inéquitable pour nos enfants des territoires ruraux et des petits collèges.

Le contexte rural et nos effectifs modestes doivent en effet être pris en compte afin que nos élèves aient les mêmes chances de vivre une scolarité épanouissante, à égalité de moyens avec les autres élèves des collèges plus importants.

A l’heure des municipales 2020, la question de la qualité et de la présence des services publics n’a jamais été aussi centrale que pour nos territoires ruraux qui pâtissent des stratégies d’investissements nationaux convergeant massivement vers les grandes métropoles. Pourtant, le désir des urbains de vivre dans un cadre humanisé et rural est en constante augmentation.

Nos territoires ruraux peuvent être la chance de demain, pour autant que la nation ne les oublie pas dans ses politiques d’investissements et d’accompagnement des citoyens !

Face à l’urgence de la situation, vous êtes notre dernier espoir.

Nous nous tenons à la disposition de vos conseillers pour construire ensemble une solution à la hauteur des promesses de votre discours d’Étang-sur-Arroux.

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération et nos remerciements par anticipation pour l’écoute que vous saurez témoigner à notre cause.

Les enseignants du collège et les représentants de parents d’élèves